Maré

« Vous avez l’heure, nous avons le temps » Un sage propos énoncé par différents peuples, dont celui de Maré, au sujet du mode de vie occidental (entre autre…)

Maré : Notre rêve depuis un bon bout de temps, que l’arrivée de Carole nous a donné l’occasion de réaliser.

Attention au départ Un rêve se réalise

Une veine que nous ayons réussi à reprendre contact avec notre amie Charlotte, infirmière depuis un an et demi sur la plus sauvage et la plus authentique des îles Loyauté, celle qui a su conserver les traditions originelles et coutumières les plus fortes.

En raison des récents et tragiques évènements, on devait probablement être les seuls touristes.

Maman touriste Léa fait du pouce

Charlotte nous a introduits chez Ishingo, une généreuse et timide kanake de Maré, qui depuis le départ de son fils en métropole, loue une case à Charlotte, juste à côté de sa propre maison.

Ishingo La case d'Ishingo

C’est proche du dispensaire où travaille Charlotte, à Tadine, au sud de l’île. Cela nous a fait très plaisir de revoir notre amie, qui n’est pas facilement joignable.

Maison d'Ishingo Charlotte, Ishingo, Carole

Pour raconter un peu son histoire, Charlotte est arrivée à peu près à la même période que Jean sur la Grande-Terre (il y a 3 ans), ils se sont donc rencontrés à l’auberge et sont vite devenus de bons compagnons de vadrouille. Puis c’est dans le nord que Charlotte a trouvé, en plus d’un travail, un mode de vie local qu’elle a très rapidement aimé et adopté. Son humilité, sa douceur et son grand cœur lui ont permis de gagner la confiance, le respect et l’amitié des locaux qu’elle a rencontrés et soignés dans les différents villages du nord où elle a séjourné.

Notre amie Charlotte Portrait de Charlotte

Retrouver des valeurs primitives et perdues telles que le respect des anciens, le partage, la solidarité ; prendre le temps de vivre ; être comblé avec ce qu’il y a d’essentiel : produits frais du champ et de la pêche, dans un confort parfois plus que sommaire ; c’est ce que Charlotte a été amenée à vivre et apprécier.

Après un retour de quelques mois en métropole, elle a trouvé sa place à Maré, depuis plus d’un an déjà. Pour combien de temps, elle ne le sait pas, mais c’est une des rares métropolitaines à avoir vécu un dépaysement et une immersion totale, de manière active et volontaire, pendant une longue durée.

Nous avons donc retrouvé avec joie un petit bout de femme menue, cachée sous d’amples vêtements, marchant pieds nus la plupart de temps, même sur les cailloux et les piquants… Une vraie sauvageonne !

Le contact est aussi très bien passé avec Ishingo, qui considère Charlotte comme sa fille et qui nous a accueillis très chaleureusement. Nous avons au cours de chaque rencontre et invitation, pratiquer la coutume, geste visant à témoigner le respect, la reconnaissance et l’humilité que l’on voue à celui qui nous reçoit, par le don d’un bout de manou (tissu traditionnel) et d’un petit billet, le plus souvent.

Ishingo héberge aussi des cochons vigoureux avec une trop bonne bouille, des poules en liberté et des coqs qui nous ont offert un opéra toute la nuit durant… ^^

Les cochons d'Ishingo Un des coq d'Ishingo

Sur son terrain poussent cocotiers, bananiers, figuier, pommes d’api, nono noni (plante médicinale très utilisée, dont les fruits ont une forte odeur de fromage pourri… Mmmmhhhh miam miam !), quelques pieds de vanille et bien sûr un immense avocatier garni de fleurs odorantes et visiblement mellifères.

Ballade sur le terrain d'Ishingo Un beau papayer avocatier en fleur

Les avocats font la renommée de Maré en Calédonie de part leur variété, leur taille et saveur exceptionnelles. Il faut venir au mois de mai lors de la fête de l’avocat qui célèbre l’amitié entre les communautés.

Jean a fait particulièrement sensation auprès d’Ishingo, qui n’arrêtait pas de rire de ses pitreries et de son application d’écolier pour apprendre quelques mots de nengone, dialecte local. Voici la phrase qu’il a bien retenu :  « aurore bo che acacani ena puaka o wanu ». En s’excusant pour l’orthographe qui ne doit pas être bonne, cela signifie « demain, je vais nourrir les cochons avec des cocos ».

Chose dite, chose faite. Pas facile de venir à bout d’un coco à la hache, mais tellement amusant de voir les cochons se jeter goulûment dessus avec des rrrrr rrrrrrooo de satisfaction.

Léa ouvre les cocos à la hache Couper les cocos, c'est du boulot

Jean a offert à Ishingo un dessin de sa maison, fait au stylo-feutre et brou de noix. Bel effet, n’est-ce pas ?

Dessin au trait du domaine d'Ishingo Dessin terminé à l'encre

Le premier jour, nous sommes partis à pied vers le sud, jusqu’à l’aquarium naturel, taillé dans le corail, où l’eau claire et saumâtre abrite une multitude de poissons ainsi que de petites tortues.

aquarium naturel Une vraie piscine

Puis nous avons continué en stop jusqu’à la plage de Pede (qui n’est pas une plage de pédé !)

arrivée sur la plage de Pede Plage de Pede
La pose La pose de Léa Notre pose
Maman rêveuse Portrait de maman
C'est par là Portrait de Léa

L’île de Maré, comme celle de Lifou, était originellement un atoll, dont les rivages ont été progressivement recouverts de corail au fur et à mesure de l’élévation de l’île. Maré est donc presque entièrement formée de corail surélevé et couverte d’une brousse dense et si peu affectée par l’érosion anthropique qu’il n’est pas évident de distinguer les zones habitées, vu du ciel. L’île fait 45 km de long sur 36 km de large. Les approches maritimes et accès aux rivages sont plutôt difficiles, voir impossibles, car les rivages sont bordés de dangereux récifs frangeants adossés à des falaises coralliennes abruptes. C’est ce qui donne à Maré un charme sombre et sauvage, d’après moi. Le seul port de l’île se trouve à Tadine.

Baie de Tadine Port de Tadine

Mais on y trouve tout de même quelques petits bras de mer sablonneux, où la baignade est possible, comme sur la plage de Pede. Le sable est d’un blanc éclatant, l’eau d’un dégradé de bleu fascinant, et la plage complètement déserte… De quoi faire quelques photos dignes de clichés cartes postales et d’ « aller baigner » !

Une belle photo de Pede Le couple cocotier
Dégradé de bleu féérique Bleu sur bleu Le crabe est ton ami

Chevalier Craby et sa lance brindille Martin pécheur magnifiquement perché

Charlotte nous a également fait rencontrer un drôle de personnage, « tout un poème » comme dirait Carole !

Pa Jojo

Pa Jojo ; un vieux du district de Wabao, possédant une immense vanilleraie avec plus de 600 pieds de la fameuse orchidée grimpante, à l’arôme fin, sucré et envoutant. Il nous a fait une petite visite guidée dans cette effarante jungle d’arbres et de lianes. On s’est vraiment demandé par quel miracle il arrivait à se repérer, et à n’oublier aucune de ses vanilles, pour opérer les mariages. Et on ne sait pas non plus par quel mystère toute cette végétation arrive à pousser sur des coraux piquants recouvert d’humus.

Belles gousses de vanille Fleur du pied de vanille
Pied de vanille

Le climat tropical, humide et chaud dont nous bénéficions toute l’année est idéal pour le vanillier qui se cultive généralement en forêt, sur de grands arbres lui servant de support et d’ombrage, au pied desquels Pa Jojo dépose de la bourre de coco et débris de végétaux.

Malheureusement, il était encore un peu trop tôt pour pouvoir assister à la fécondation manuelle de la fleur de vanille ; une opération délicate demandant adresse, précision et rapidité. Mais Pa Jojo nous a bien expliqué avec ses mots à lui (c’est-à-dire pas très scientifiques^^) comment procéder. On a vraiment bien rigolé avec ce bonhomme naturel, malicieux et grand parleur. Il a particulièrement sympathisé avec Jean qu’il a surnommé « l’apôtre » et Carole, alias « la maman de l’apôtre », « Mam’ » ou « Mamie ». Il est même venu nous chercher le lendemain pour aller boire un kava (la fameuse boisson des îles à base de racines broyées, au goût âpre et terreux). Un sacré phénomène ce Jojo !

Avec Charlotte, nous avons également été à la célèbre baie des tortues, qui porte bien son nom. Quelle expérience pure et émouvante que celle de nager accroché à la carapace d’une tortue de plus d’un mètre d’envergure ! On en a croisé plein, de toute taille, venant se nourrir tout près de la plage ! Au début on s’est approché timidement de peur qu’elles ne s’enfuient, puis comme elles ne se souciaient pas de nous, on a touché leur carapace bariolée tout en lorgnant leur tête préhistorique. Trop magique ! Notre prochain investissement sera un appareil photo étanche pour pouvoir prendre des photos sous l’eau, ce qui apportera un énorme plus au blog pour illustrer et immortaliser les sensations sous-marines.

Nous avons également voulu visité la distillerie de santal, mais comme elle était fermée, on s’est tout de même arrêtés sur une longue et superbe plage de sable blanc, non loin de la cocoteraie qui marque début du sentier de la randonnée de Shabadran.

Unique Baseball girl
Coucou Moment paisible

C’est une randonnée que j’aurais bien aimé faire, mais il nous aurait fallu plus de 4 jours à passer sur l’île. Au retour, on a également fait halte au trou de Bon, alias le saut du guerrier; un trou d’eau naturel assez impressionnant par sa largeur et hauteur. Mieux vaut ne pas tomber dedans, il faudrait un hélico pour en sortir.

On peut attribuer une mention spéciale à Ishingo et son fabuleux bougna.

Tressage du panier à Bougna Rappage de coco La marmite sur le feu

Le bougna est un plat traditionnel à base de poisson ou poulet accompagné de divers féculents (igname, manioc, patate douce…), d’oignons verts, de bananes poingo et cuit dans du lait de coco fraîchement pressé ; le tout bien empaqueté dans des feuilles de bananier et plongé dans une grande marmite bouillante posée sur le feu.

Les feuilles de bananier pour emballer Les premiers féculents pour tapisser
Pressage du coco rappé Emballé c'est pesé
La cuisson du bougna C'est cuit
Un beau bougna pour 8 personnes facile A table ! Merci Ishingo

C’était un vrai régal, dont nous avons emporté les restes pour le vol de retour.  Ont été emportés également tout plein de merveilleux souvenirs, faits de retrouvailles, de rencontres charmantes et de paysages époustouflants… De quoi donner clairement envie d’y retourner !

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