Fête de l’igname à Yaté

Mars 2012

A Yaté, le passage des baleines dans la baie de Prony signale la saison des ignames (débroussage, labourage et plantation) et lorsque le chant des cigales résonne, c’est que les ignames sont à maturité et prêtes à être consommées.

C’est généralement dans la région de Yaté, dès le mois de février, qu’ont lieu les premières de toutes les fêtes célébrant la récolte de l’igname nouvelle, qui revêt une importance particulière auprès des kanaks.

Tubercule sacré, « l’igname naît des entrailles de la terre comme l’enfant naît des entrailles de sa mère ». Il symbolise la fidélité aux ancêtres, l’attachement à la terre, et constitue l’aliment de base de la culture kanake.

C’est au sein de la tribu d’Unia, qui compte le plus d’habitants dans tout l’archipel de la Nouvelle-Calédonie, que notre pote Gégé nous a introduits, puisqu’il travaille depuis plus d’un an en tant qu’infirmier libéral dans la région de Yaté.

Totem grande case Grande case de la chefferie

La fête de l’igname est généralement célébrée entre les membres de la tribu, mais à Unia, comme dans d’autres tribus de Yaté, le partage de cette cérémonie coutumière avec des « occidentaux » de passage, est un geste fort de sens, que nous avons su apprécier avec reconnaissance.

Gégé, de part sa simplicité, son franc-parler, son naturel amical et plein d’humour, ainsi que ses fabuleux talents de musicien, a très rapidement gagné le cœur, la confiance et la complicité des habitants du sud, les jeunes comme les anciens.

Gégé et ses fans Jess et les enfants d'Unia

Nous nous sommes d’abord rendus avec lui à la chefferie pour faire la coutume, puis on nous a attaché un bout de tissus autour de la taille, en guise de bienvenue comme invités… Trop fiers de faire partie du « clan de Gégé » !

Le clan de Gégé 01 Le clan de Gégé 02

Ensuite, nous sommes allés à la rencontre  des habitants, dont la joie et l’entrain allaient de pair avec leurs vêtements colorés. Quelle ambiance festive et chaleureuse ! On a pris plaisir (et aussi quelques bons fou-rires) à participer aux chants traditionnels des mamies qui s’époumonaient de bon cœur sur des vieux airs connus tels que « Chevaliers de la table ronde » et « Etoile des neiges ».

Puis on a fait un saut du côté des cuisines, en passant par un grand groupe de femmes occupées à l’habile tressage de paniers en feuilles de cocotiers, destinés à servir de plats. De longs préparatifs qui ont commencé dès le lever du soleil.

La cuisine tribale d'Unia 01 La cuisine tribale d'Unia 02

Quelques jours avant la célébration, les clans de la mer vont pêcher les tortues pendant que les clans de la terre s’occupent des ignames. C’est l’unique occasion de l’année où la chasse des tortues est autorisée pour les 3 tribus de Yaté et celle de l’île des pins, avec une limite de 5 tortues. L’igname est bouillie dans de l’eau de mer, séparément de la viande de tortue qui cuit, enrobée de chou kanak.

Les paniers de feuilles tressées, dans lesquels sont disposés les mets, sont ensuite transmis de mains en mains jusqu’à la « maison commune » pour être placés eu centre de la pièce sur de grandes feuilles de palmiers servant de nappes.

La chaîne des paniers garnis 01 La chaîne des paniers garnis 02
La chaîne des paniers garnis 03 On éloigne les mouches

La cérémonie dure un long moment durant lequel chacun a son rôle à tenir, dans l’ordre établi par le rituel. Les offrandes de la coutume sont réparties et disposées équitablement en fonction de chaque groupe. Les ignames récoltées sont rassemblées, puis a lieu l’échange coutumier avec les clans voisins qui se voient offrir une partie de la récolte, ainsi qu’avec les invités de passage.

Partage des ignames Partage de la coutume 01

Chaque clan et représentant a son tour de parole, où sont remémorés les accords passés dans l’année.  Les échanges peuvent parfois prendre un ton rude et « colère », car il s’agit de régler les derniers conflits de la tribu, avant d’entamer un nouveau cycle.  Et certains trouvent également à critiquer les défauts d’organisation de la journée, le partage non équitable des mets…  Un sermonnage à prendre avec tout autant considération, afin de ne pas répéter les mêmes erreurs l’année suivante.

Partage de la coutume 02 Discours des membres du conseil

Mais rassurez-vous, tout le monde a largement eu de quoi se restaurer, avec même des restes à emporter.  Pour info, tout se mange dans la tortue, sauf la carapace qui est conservée par le clan des pêcheurs. Chaque partie peut avoir un goût complètement différent, semblable au poisson, ou à de la viande d’une texture filandreuse avec un goût assez fort.

Tortue et igname 01 Tortue et igname 02

En faisant abstraction de la vision de ce si bel animal nageant avec grâce et amplitude, ce n’est pas mauvais du tout, et même généralement très apprécié. La fête s’est poursuivie avec le repas partagé, un dessert de cannes à sucre,

L'heure du repas La canne à sucre pour dessert

ainsi que de touchantes paroles de remerciements faites par un homme de Lifou qui s’est adressé au conseil, au nom de tous les invités. Puis la journée s’est achevée par des chants et la danse du Pilou, au rythme du bambou frappé sur des tonneaux.

Pilou pilou 01 Pilou pilou 02
Pilou pilou 03 Pilou pilou 04

Cette expérience a été pour nous un moment privilégié de festivités, partagé avec le sourire des gens du Sud.

Les gens du Sud

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